Lundi 6 octobre 2008
C'est à travers le hublot que je retrouve mes sensations... Epices, paysages, odeurs, frissons... Je capture chaque moment qui me conduit sur le continent noir.
Une chaleur étouffante m'envahit à la descente de l'avion... Tampon sur le passeport, sourire au douanier : ça y est, je suis arrivée chez moi !
La chaleur est étouffante à Abidjan. Je passe des lumières blanches éclatantes et agressives de Paris à des lampes jaunâtres, une ambiance lourde et une odeur âcre.
On attend les bagages, on appelle un porteur... Ils me regardent comme une étrangère. Moi, qui suis une enfant du pays, je passe pour une touriste. On me propose des prix ahurissants à cause de ma peau.
Mais dés que j'ouvre la bouche, mon accent revient. Ces mots de la terre africaine, que j'ai prononcé toute mon enfance au quatre coins des rues. Alors, on me respecte, on me sert la main "hé! ma soeur, tu viens de paris?".
Oui, je viens de paris... Je reviens ici, à la maison. Je traverse les rues, tant de souvenirs remontent. Les rues sont orangées, brunes de la laterite au bord des routes. Nous sommes à l'extérieur de la ville. Le bitume défile sous nos roues et je sens qu'on se rapproche des lumières d'Abidjan.
On passe en Zone 4, quartier des entreprises, des boîtes de nuits et des putes aussi. Puis, le pont qui traverse la lagune. J'aperçois l'immeuble de ma meilleure amie au loin, les commerces fermés. On longe la lagune puis on rentre au centre ville. Je suis à quelques minutes de ma maison.
Quartier Cocody/2 plateaux, derrière le grand boulevard de la ville... Première à droite, 3e à droite, 1e à gauche et la voilà : maison n° 330, mur blanc, portail marron : bienvenue à la maison.
Quand on connait l'Afrique, on l'a dans la peau. On aime à vie ou on déteste. Mais l'Afrique est en nous jusqu'à la fin. Sensation tellement difficile à expliquer, que seuls ceux qui l'ont vécu peuvent ressentir. On se sent vraiment chez soi, en paix.
Je me souviens encore de ces femmes de village... Si occupées, si polyvalentes, si belles. Elles portaient l'histoire du monde sur leur visage. L'incarnation même de la mère, de la protection. Des sourires édentés, des yeux rieurs ou dormants : la sagesse se lisait dans les yeux des vieux du village. Les enfants courraient partout, sourire aux lèvres, éclats de rire en pagaille. Ils n'avaient peur de rien, totalement innocents et amusés : tout est gratuit.
Leur repas est partagé, leur expérience est racontée, leur sourire est photographié.
Depuis, je suis rentrée en France. Cela fait 7 ans que je ne suis pas rentré chez moi. 7 ans d'absence beaucoup trop longue de chez moi. De ma terre d'enfance. De tous ces sourires gratuits.
Les choses ont tellement changé depuis toutes ces années. Les rebellions, les reglements de compte, les guerres civiles... Mes repères ont été pillés, brulés, massacrés. Ma maison n'est plus à moi, mon centre commercial ne m'attend plus...
Mais mes souvenirs sont toujours là bas, mon enfance, ma meilleure amie aussi. J'y retournerais. C'est sûr.
Car je souhaite à tout le monde, de vivre un jour quelques temps en Afrique. Pour comprendre et s'impregner de la vie qu'il y règne.












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